Femmes dans la République

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Femmes dans la République

DECOUVRONS ENSEMBLE LA CHRONIQUE DE CE LUNDI 06 MAI 2019

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Femmes dans la République

L’arme de la tendresse contre la force des armes

Alors que se déchaînaient d’effroyables violences (qui l’eût imaginé de notre pays), une jeune mère portée par l’amour maternel, part à la recherche de sa fille qui ne revenait pas à la maison. Cette femme voulait préserver la vie. Mais elle est atteinte et puis éteinte. Cette femme, jeune-mère, plus qu’une victime, est un martyr de la vie. Elle est un symbole.

Cette femme, jeune-mère, est un symbole : en elle, c’est toute femme qui est atteinte ; c’est la vie qui est atteinte. Elle défend, par son acte héroïque, la gravité du respect de toute vie. La vie est précieuse et nul n’a le droit d’arracher la vie de l’autre. La vie est sacrée. Ne voulions-nous pas si tant, comme République, abolir la peine de mort ? Ne donnons alors pas la mort, sous quelque forme, à personne. Quelles raisons peuvent justifier d’abîmer une vie si innocente ? Cette femme accuse. Elle accuse tous ceux qui ont permis, provoqué ou autorisé un acte si ignoble : ouvrir le feu sur des hommes et des femmes. Cette femme actualise l’angoisse de « Rachel qui pleure à cause de ses fils : elle refuse d’être consolée, parce qu’ils ne sont plus » (Jérémie 31, 15). Et personne ne peut, face à une telle mort et aux autres morts, se taire ou rester insensible. Nous devons toutes et tous défendre la vie en rejetant absolument les violences et les sources de violence : il n’y a pas de paix sans justice. Le sacrifice de cette femme constitue un solennel « Plus jamais ça » sur notre terre. La mort de cette femme est un rappel à l’Etat de préserver la vie.

Cette femme, jeune-mère, est un symbole. Elle murmure à la conscience de toute femme, l’impérieux devoir de sauver la vie, par la paix. En fon, nous nous souhaitons au début d’une nouvelle année, houé assi, une année femme, pour signifier une année de paix, de fécondité et de bonheur. La paix, la fécondité et le bonheur nous viennent par la femme qui, dans le calendrier fon, a son jour, chaque semaine : Gnonnouzan. Cette femme, jeune-mère, est morte, en voulant préserver la vie entre la veille et le jour du Gnonnouzan. Elle rappelle ainsi la mission majeure de la femme, la préservation et le maintien de la paix, pour la vie. A la fin du concile Vatican II, l’Eglise s’adressait ainsi aux femmes : « Réconciliez les hommes avec la vie. (…) Retenez la main de l’homme qui, dans un moment de folie, tenterait de détruire la civilisation humaine ». Comme ces paroles s’adressent aujourd’hui particulièrement à toi, femme béninoise, qui que tu sois, petite ou grande, riche ou pauvre ; où que tu sois, proche ou loin du pouvoir, en ville ou au village : il s’agit de la vie. Tu sais qu’ils vous écoutent. Tu sais combien nous vous écoutons. Toute femme est mère.  Werewere Liking affirmait que « les rois comme les autres hommes sont les fils de leur mère… » (L’amour-cent-vies, p.33). Parle-leur donc. Parle-lui alors. Parle-nous comme l’évoque cette histoire romaine racontée par Tite-Live. « Puisque les hommes ne pouvaient pas défendre la ville par leurs armes, les femmes emploieraient les larmes et les prières pour sa défense », pour gagner une bataille que les hommes avec l’arrogance de leurs armes ont perdue. Coriolan s’était rebellé contre sa ville. Arrivée au camp de son fils, Véturie accompagnée des autres femmes, lançait ces imprécations à celui qui venait l’étreindre : « Dis-moi, avant que j’accepte ton étreinte, si c’est un ennemi ou un fils que je suis venue trouver, si dans ce camp je suis ta prisonnière ou ta mère. (…) Tu as donc pu ravager la terre qui t’a porté et nourri ? (…) Hélas, si je ne t’avais pas donné le jour, Rome ne serait pas en état de siège ».  Et Coriolan s’éloigna de Rome avec son armée.

Femme béninoise, femme africaine, pour cette mère abattue en préservant la vie de sa fille, prends exemple sur cette mère et ces femmes romaines. Au regard de notre pays, adresse-lui cette imprécation. Adresse-leur cette imprécation. Adresse-nous cette imprécation !

Vous les femmes, vous savez le chemin pour atteindre le cœur des hommes et pour éteindre en nous toute passion. Parlez à tous ! Parlez aux politiques, aux jeunes, aux militaires, aux juges, à ceux qui votent et signent les lois, à ceux qui manipulent et instrumentalisent les jeunes, à ceux qui sèment l’injustice, parlez à tous, parlez à chacun… Même si vos paroles semblent ne rien donner sur-le-champ, parlez et continuez de parler pour la vie et au nom de la vie. Vous êtes capables de faire plier notre orgueil qui, bien souvent n’est qu’une carapace, un vide, un besoin d’affection. Il semble que c’est en pensant à la force de vos paroles qu’on dit que la nuit porte conseil. Touchez les cœurs. Ne méprisez pas votre rôle. Ne restez pas indifférentes ; mais surtout ne soyez jamais complices des forces de la mort : corruptio optimi pessima : la corruption du meilleur est la pire.

 

By |2019-05-07T14:59:35+00:00mai 6th, 2019|Actualité, Blog|0 Comments

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