LE CODE DU NOIR

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LE CODE DU NOIR

DECOUVRONS LA CHRONIQUE DE CE JOUR VENDREDI 10 MAI 2019

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L’intégralité de la chronique

Toujours ‘‘le Code du Noir’’

En mémoire de l’esclavage

Le 10 mai évoque, depuis 2001, en France la journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de l’adoption de la loi de la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité. Une telle journée est due au combat intrépide de Christiane Taubira, alors députée. Les postes de responsabilité sont donc des opportunités quand on porte au cœur des projets d’engagement et qu’on n’oublie surtout pas ses racines.

Au Sénégal, qui sait révéler son île de Gorée au monde, a été adoptée en 2010 la première loi africaine sur l’esclavage comme crime contre l’humanité. Une journée de commémoration s’y célèbre alors depuis 2015, chaque 27 avril. Au Bénin, qui se distingue par un des ports négriers les plus malheureusement florissants, et par sa route de l’esclave, seulement des initiatives privées se prennent timidement. Un engagement plus déterminé à ce devoir de mémoire serait bien nécessaire, mais d’aucuns pourraient se demander pourquoi continuer à parler toujours de l’esclavage ou de la colonisation ; et surtout leur lier le sort actuel de l’Afrique. D’ailleurs, d’une certaine manière, la plupart des peuples n’ont-ils pas connu en un moment donné l’esclavage ? N’est-il pas alors temps de sortir d’une facile logique de victimisation ? Evoquerait-on l’esclavage pour réclamer quelque dédommagement ? N’est-il pas plus efficient d’oublier ce passé et d’avancer ?

Le 13 décembre 2017 au Forum Africa, des anciens chefs d’Etat africains notent une résurgence de la traite : migrations, ventes d’êtres humains en Lybie et morts dans les déserts. Le 24 octobre 2018 à Cotonou, deux anciens chefs d’Etat Nicéphore Dieudonné Soglo (du Bénin) et Olusegun Obasanjo (du Nigéria) animent une conférence sur la traite. Monsieur Nicéphore Soglo déclarait : « La construction d’une organisation comme la CEDEAO nécessite une étude approfondie du passé de cette région du Golfe de Guinée, appelé la Côte des esclaves ». Et Monsieur Olusegun Obasanjo rappelait que « si nous oublions le passé, les probabilités sont fortes que nous répétions les mêmes erreurs du passé. L’esclavage et la traite négrière ont un fort impact dans notre développement aujourd’hui ».

Nous devons parler de l’esclavage parce qu’une grande part de notre odyssée serait incompréhensible sans ce magnus scelus (ce grand crime). Le peuple juif, déterminé par une relation religieuse à la mémoire, continue de réciter ainsi son credo historique : « Mon père était un araméen errant qui descendit en Egypte, et c’est en petit nombre qu’il y séjourna, avant d’y devenir une grande nation, puissante et nombreuse. Les Egyptiens nous maltraitèrent, nous brimèrent et nous imposèrent une dure servitude. Nous avons fait appel à Yahvé le Dieu de nos pères (…) Yahvé nous fit sortir d’Egypte » (Dt 26, 4).

Nous devons parler de l’esclavage parce que les conséquences de ce douloureux passé de 5 siècles avec des dizaines millions de morts, déterminent et hantent toujours notre présent : des relations froides ou de haine entre certains peuples trouvent en ce méfait leur origine. « Pour l’avoir chassé, comme on chasse à courre, ou acheté comme cela se fait du bétail, pour l’avoir déporté de son continent et transplanté sur d’autres terres, comme une espèce végétale, pour se l’être disputé et partagé comme on le fait des richesses inertes, pour l’avoir colonisé enfin, il fallait que le Blanc étant homme, le Nègre ne le fût ou que l’humanité fût préalablement anéantie en lui ». C. H. KANE, Les gardiens du temple, Nouvelles éditions ivoiriennes, Abidjan, 1996, p. 64.

Nous devons parler de l’esclavage pour situer nos responsabilités historiques (il n’y a pas d’acheteur sans vendeur), prévenir les nouvelles formes d’esclavage, qu’elles viennent des autres (le mépris qui avait structuré le viol de nos âmes ne fait juste que changer de stratégie) ou qu’elles viennent de nous-mêmes par inculture, méchanceté (maltraitance, dictature, asservissement des autres). Cette veille nous évite de retomber facilement dans les anciennes chaînes de notre esclavage.

L’esclavage était remarquable par le code du noir : «  Il dit le droit en l’absence du droit. Il codifie soigneusement l’inhumain. Il règle en détail l’arbitraire. Il organise juridiquement l’anéantissement par la violence, sans recours. (…) », indiquait Roger-Pol DROIT, in Le monde, 19-20 Avril 1987). Evitons que nos codes ne codifient le non-droit !

Encore aujourd’hui, l’Afrique a son code du noir. Le Noir, toujours autrement regardé et traité, presque partout ! Notre Afrique reste victime du mépris et de l’humiliation. Mais le mal se trouve d’abord en nous-mêmes ! Le Noir donne et inflige à son frère ou à sa sœur des codes semblables au code du noir.

L’Afrique sera-t-elle un jour vraiment libre et debout ? Oui ! Si nous sortons de la spirale de la haine, en récupérant notre identité et notre dignité. Le chemin de la liberté et de la dignité parcouru par nos héros comme Toussaint Louverture, Douglas, Dumas, Martin Luther King, Aimé Césaire… est à peine commencé ; il a besoin de l’engagement de chacun.  Le devoir de mémoire éveille la conscience et scelle le pacte de responsabilité !

Arrêtons de nous vendre et de nous autodétruire !

By |2019-05-10T22:14:26+00:00mai 10th, 2019|Actualité|0 Comments

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