CHANTER LA MESSE OU CHANTER A LA MESSE ?

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CHANTER LA MESSE OU CHANTER A LA MESSE ?

DE QUOI PARLE CET OUVRAGE ?

L’ouvrage Chanter la messe ou chanter à la messe ? Réflexions sur les fonctions du chant et de la musique en contexte rituel est un livre de 188 pages publié aux Editions IdS. Ecrit par le père Maurice Hounmènou, il est le fruit de plusieurs années de recherches. En effet, à en croire le préfacier de l’œuvre, le père Luigi Girardi, Président de l’Institut de Liturgie Pastorale Sainte Justine de Padoue (Italie), c’est la sensibilité théologique, liturgique, historique, anthropologique et culturelle que l’auteur a acquise dans ledit institut au cours de ses années de formation qui lui permet d’affronter en profondeur des thématiques de grande facture scientifique. De fait, l’approche générale qui sert de toile de fond à la rédaction de l’ouvrage est purement phénoménologique et se découpe en trois sections : historico-anthropologique, biblico-théologique et liturgico-pastorale.

Dans une première partie intitulée « Le chant, la musique et le rite : approches historiques et anthropologiques », l’auteur se reporte d’une part à l’expérience rituelle et son rapport avec le chant et la musique dans les traditions pré-chrétiennes. Il y analyse la corrélation entre le chant rituel et le langage mythique, leurs caractéristiques, le processus de la mémorisation et de la stabilisation du chant rituel de même que la sacralité de l’univers symbolique auquel il se réfère. D’autre part, l’auteur actionne le levier du rapport que la musique rituelle entretient avec le sacré en passant successivement en revue l’art musical mésopotamien, la musique rituelle telle qu’elle se présente dans les traditions védique et chinoise. Un accent particulier est aussi porté sur l’expérience rituelle de la musique dans l’Egypte ancienne et en Afrique Noire au sud du Sahara. Les réflexions qui émanent de ces analyses posent dès lors l’exigence d’une mise en lumière de la corrélation entre la voix, la parole et le rythme musical en contexte rituel. L’auteur la réalise admirablement en abordant à la fois la problématique de la voix, de la parole et du rythme comme “acte originel”, puis en mettant en évidence les fonctions symboliques du chant et de la musique sacrés dans les traditions non chrétiennes. On s’en apercevra à la lecture de l’ouvrage : la capacité évocatrice du chant sacré et la potentialité suggestive de la musique rituelle oxcillent entre tradition, mémoire et oubli, un substrat expérientiel que l’on retrouve dans la Bible et l’histoire de l’Eglise.

La lecture scientifique qui parcourt la première partie de l’ouvrage se répercute sur la deuxième. En partant de l’expérience vocale et musicale dans la Bible et la Tradition de l’Eglise, Maurice Hounmènou affronte les fonctions sacrées du chant et de la musique dans les Saintes Ecritures depuis le livre de l’Exode jusqu’à l’Apocalypse en passant par le psautier, le cantique des cantiques, les évangiles, les Actes des Apôtres et les écrits de saint Paul. Il fait alors percevoir les dimensions théocentrique et eschatologique de l’art vocal biblique de même que la relation que ce dernier entretient avec le drame du Christ crucifié, l’Agneau immolé en l’honneur duquel les croyants exécuteront le chant et la musique de l’Amen final dans le royaume de Dieu. Ensuite, l’auteur pose le fondement théologique du chant et la musique en contexte chrétien. Il fait découvrir, dans une synthèse atypique, comment le rapport du texte à la musique opéré dans la tradition hébraïque au travers du système musical de la cantillation a été réapproprié par l’Eglise naissante, une réappropriation qui nécessitait tout de même un dépassement. Celui-ci, les premiers chrétiens le trouvaient dans le vin nouveau de l’Evangile, la Parole de Dieu, c’est-à-dire, le Christ lui-même, Dieu fait chair pour le salut de l’humanité.

Du coup, les cantilènes chrétiennes, tout en conservant leur ancrage historique juif, se dotent d’une nouvelle interprétation: le chant et la musique chrétiens sont désormais perçus comme un don de l’Esprit, la nouvelle “glossolalie”, c’est-à-dire, la langue nouvelle issue de l’Esprit qui donne naissance à la “sobre ivresse” de la foi et qui se trouve au service de la Parole primordiale, fondement de toute intelligence. La référence au Christ devient dès lors le modèle de toute composition véritablement chrétienne. C’est donc à l’aune de la centralité du Christ, en vue du service divin, que les différents genres du chant et de la musique sacrés prennent leur signification. C’est aussi à la lumière de cette exigence christologique et dans le but de sauver l’identité de la foi chrétienne que différents conciles vont bannir du culte liturgique, tant les compositions personnelles que les écrits non canoniques qui s’infiltraient dans la louange de Dieu. Enfin, l’auteur conduit progressivement le lecteur à la découverte tant de la formation et des caractéristiques du chant grégorien, “chant propre de l’Eglise que de la naissance du chant polyphonique et harmonique.

La dernière partie de l’ouvrage rend compte du rapport entre liturgie, chants et musique sacrée. D’une part, elle met en évidence la signification, les formes et les fonctions des chants de la messe, depuis le chant d’entrée jusqu’au chant de communion, les différentes formes de chant que la liturgie établit entre chants à refrain, tropaire, hymnes, cantiques, séquences, antiennes et litanies. D’autre part, elle affronte avec courage la situation actuelle de la musique en contexte liturgique. Ici, l’auteur met en garde contre toutes ces formes de musique qui ne sont pas destinées au culte divin, dans la mesure où elles appartiennent plutôt à une reli­giosité post-moderne dont la vacuité spirituelle est à la mesure du marasme moral et éthique qui caractérise le monde actuel. Pour ne pas tomber dans ces écueils, l’auteur pose clairement les principes de distinction entre musique sacrée, musique religieuse et musique liturgique. Il rappelle, par ailleurs, l’exigence de la corrélation entre le texte, le chant et la musique en contexte liturgique et laisse enfin percevoir la relation entre le chant sacré, la musique liturgique et la danse religieuse.

Le dernier chapitre de la dernière partie de l’ouvrage est une réflexion sur la place de la chorale et le rôle des instrumentistes dans l’action liturgique. Maurice Hounmènou laisse émerger la spécificité d’une chorale dans l’animation des chants liturgiques et para-liturgiques. Il rappelle aux instrumentistes que leur fonction n’est pas d’instrumentaliser la liturgie, mais d’aider à la prière de l’assemblée. Enfin, l’auteur fait quelques recommandations pratiques aux maîtres de chœur, aux directeurs techniques et aux différents compositeurs de chant et musique liturgiques. Au total, la pertinence et l’esprit de synthèse avec lesquels Maurice Hounmènou allie divers courants de la pensée scientifique dans l’élaboration de son ouvrage sont le grand mérite de ce livre que nous ne pouvons que recommander à tout lecteur assoiffé de culture approfondie.

By |2021-03-19T12:32:09+00:00mars 19th, 2021|Actualité, Galerie Publications|0 Comments

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